écrits de prisonniers

Je me souviens… lorsqu’en notre adolescence nous fréquentions le lycée Aubanel d’Avignon, nous allions souvent flâner au Rocher des Doms. Et là je découvris l’étrange et poignant échange de femmes avec leurs hommes, prisonniers de la prison Ste Anne juste en contrebas. Du jardin elles leur criaient quelques messages et je contemplais le mur terrible qui nous faisait face et ces fenêtres serrées d’où émergeait parfois une main…

Depuis, la fameuse prison a fermé ses portes et de mai à novembre, cette année elle devient le lieu d’une exposition hors du commun : «  la disparition des lucioles » Le titre si poétique appartient à Pasolini qui publia en 1975 un texte dans lequel il alertait sur l’absence de ces insectes nocturnes…Signe de la fin d’une époque…

Le propos de l’évènement, la collection Lambert d’art contemporain,  est « que l’exposition se vivra comme une expérience sensible dans laquelle les lieux si chargés de mémoire et les oeuvres se combineront de manière que survivent ces lucioles chères au cinéaste Italien. Il y sera question d’enfermement bien sûr, mais aussi du temps qui passe, de la solitude et de l’amour »

Le cheminement en est bouleversant et je m’interroge sur le rapport entre les prisonniers, le lieu et l’écriture. Il y a quelques années, Radio France lançait un appel à ses auditeurs pour recueillir les témoignages de ceux qui sont privés de liberté. Plus de deux milles textes ont permis la publication de  PAROLES DE DETENUS. Des écrits, anonymes pour la plupart, mêlés à quelques récits d’écrivains. Des écrits qui nous font entendre, qui nous font connaître ce qui se passe dans nos prisons.

Des écrits qui nous disent tout haut ce que l’on sait, mais que l’on oublie, n’étant pas concerné directement.

L’exposition d’Avignon rappelle qu’en prison, Paul Verlaineemprisonné à Mons après sa tentative de meurtre sur d’Arthur Rimbaud, a écrit ses plus belles poésies dans le recueil « Cellulairement »

La réalité quotidienne des prisonniers de nos jours a plutôt donné naissance à quelques graffitis qui sont encore visibles sur les parois des cellules, comme celui-ci :

 

 

IMG_5485                                                                                              cliché Gérard D.


Faire entrer l’écriture dans ces lieux d’enfermement, comme moyen d’expression est un projet noble, ambitieux mais très difficile. L’écrivain public Michèle Reverbel qui a animé tant d’ateliers d’écriture rapporte son expérience en milieu carcéral dans « Je vous écoute écrire ». Un échec, en fait, qu’elle raconte ainsi : « les prisonniers étaient hostiles ou indifférents ou ironiques. Aucun échange possible. Certains me disaient : « ou bien nous sommes des hommes et alors il faut que tout le monde ici nous trait comme tels ou bien nous sommes des détenus qui doivent payer, et dans ce cas, ne vous occupez pas de nous… »

Et j’ai envie de conclure sur les mots de cette «  éveilleuse » : «  un jour, quand la civilisation sera venue, la prison disparaîtra » Et les lucioles que la pollution et les nuisances ont tuées reviendront ??

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *