écrire sur la guerre / writing about war

 

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Billet d’où d’avril : écrire sur la guerre

Fin mars on pouvait assister à Montpellier, au Domaine d’O, à un spectacle intitulé «  Lettres syriennes /lettres d’exil ». Créée par Leyla -Claire Rabih autour du conflit dans son pays d’origine, cette forme courte de théâtre nous a plongés dans une réalité tragique qu’elle interroge avec le recul de sa vie en Europe.

 «  Les images de la destruction massive des villes, des actions punitives envers la population m’assaillent comme un boomerang. Après avoir cherché pendant 15 ans le souvenir de la destruction des villes allemandes, c’est la destruction des villes de mes ancêtres qui s’impose à moi. Par le biais du souvenir, par celui du fragment ».

 Les lettres lues sur scène déploient la situation en Syrie sur un ton à mi-chemin entre l’implication émotionnelle et l’analyse scientifique.

Or c’est bien cette question du «  ton » et du point de vue pour évoquer la guerre et ses  horreurs  qui se pose à moi aujourd’hui, qui s’est imposée à l’issue de ce spectacle .

Qui écrit sur la guerre, pourquoi ? pour qui ? Loin de moi l’idée de livrer une réflexion exhaustive mais seulement quelques « pistes d’intentions » : pour oublier, pour dénoncer, s’indigner, par engagement idéologique, pour témoigner, par apologie d’un héros de guerre, pour tenter de comprendre, partager sa souffrance, pour ne pas oublier ??? …

Pour faire œuvre d’historien ? C’est le choix du magazine «  L’Histoire » de ce mois qui publie un numéro très complet «  Louis XIV : le roi de guerre en procès ».

Pour tenter de faire comprendre aux civils ce que les soldats ont vécu sur les champs de bataille ? C’est le cas d’une série de romans célèbres. Depuis «  A l’Ouest rien de nouveau » jusqu’aux romans d’Hemingway ou Faulkner ; la guerre du Vietnam qui a suscité bien des écrits, souvent portés à l’écran … les deux conflits mondiaux ainsi que les guerres d’Espagne ou d’Algérie dont les témoins sont encore nombreux et meurtris….

Pour soutenir une cause :  Malraux sur la guerre civile espagnole publie en 1937 « l’Espoir » qui reflète à la fois son engagement et sa conviction.

 Plus récemment, le Sergent John Mc Cary qui a témoigné sur la guerre en Irak dit avoir écrit pour SURVIVRE.

Pour sublimer la douleur ou l’inscrire dans un «  inconscient collectif » ? C’est dans un roman de Sylvie Germain, « Le livre des nuits » que j’ai lu les évocations de massacre les plus insoutenables .  Des mots , entre le réaliste et le poétique, qui atteignent une dimension fantastique, pour retracer une réalité déshumanisante.

Pour en témoigner de manière factuelle ;  au sujet du conflit en Syrie, si l’on consulte  le site «  wikipedia », on voit se dérouler une longue liste  d’évènements sanglants, de villes bombardées, d’affrontements entre le pouvoir et les dissidents, de victimes civiles… Compte-rendu clinique ou presque …

Est-ce le point de vue des journalistes de guerre qui vivent l’évènement «  au cœur » et y risquent leur vie ?

Autre forme d’écrit : « lettre ouverte aux médias … et candidats à la Présidence «   envoyée le 21 mars 2012 par le Collectif pour la Syrie qui évoque en détail l’historique des évènements. Longue lettre- appel à l’intervention, exhortation face à l’urgence !

Enfin, on peut découvrir sur le site américain « theonion.com » une lettre du Président Syrien Bashar El-Assad adressée à la communauté internationale qui remercie le monde de l’avoir autorisé à tuer 70 000 personnes depuis 2 ans …. Inouï ! Canular fameux ? Dérision ? Provocation ?

Quant à ma pratique d’écrivain public, je suis amenée à retranscrire des souvenirs de personnes qui ont-elles-mêmes (ou leurs parents ) vécu la guerre .Ce qui les anime est la même volonté de «  faire savoir » à leurs proches ce qu’ils portent en eux depuis  longtemps et que l’écriture peut aider à, sans doute pas guérir mais au moins à apaiser . En passant par les mots ECRITS ils s’élèvent peut-être de la position de victimes anonymes et entrent dans la communauté de tous ceux qui « ont aussi vécu ça ». Devoir de mémoire envers les familles, indispensable…

 

Writing about War

At the end of March we could see in Montpellier, at the Domaine d’O, a play untitled «  Lettres syriennes /lettres d’exil ».( Syrian letters / letters from exile ). Created by Leyla –Claire Rabih about the conflict in her native country, this short play plunged us into a tragic reality which she questions with the distance given by  her life in Europe.

 » The images of the massive destruction of cities, punitive actions towards the population assail me as a boomerang. I have been looking during 15 years for the memory of the destruction of the German cities, it is the destruction of the cities of my ancestors that is imperative to me. By means of the memory, by that of the fragment « .

The letters read on stage reveal the situation in Syria on a tone midway between the emotional involvement and the scientific analysis.

This is exactly this question of the “tone” and point of view to evoke the war and its horrors that is set to me now, at the end of this show.
Who writes about the war, why? For whom? Far from me the idea to deliver an exhaustive reflection but only some  » leads of intentions « : to forget, to denounce, to get indignant, by ideological commitment, to testify, by apology of a war hero, to try to understand, to share its suffering,
not to forget??? …

 

To write as an historian ? This is what the magazine “ L’Histoire” offers this month with a complete issue about King Louis XIV.

To try and make civilians understand what soldiers have endured on the battlefields ? This is the aim of many famous novels . From “All quiet on the western front” to the novels of Hemingway or Faulkner ;  the Vietnam war has inspired lots of writings often screened ….

 both World Wars as well as the Spanish Civil War or that of Algeria whose witnesses are still many and bruise.
To support a cause: Malraux about the Spanish Civil war published in 1937 « L’Espoir “(“ the Hope  » ) which reflects at the same time his commitment and his conviction.

More recently Sgt John Mc Cary who testifies about the war in  Irak says he wrote to SURVIVE.

To sublimate the suffering or include it in a « collective unconscious »? It is in Sylvie Germain’s novel,  » Le livre des nuits” (“The book of the nights « )that I read the most unbearable evocations of massacre. Her words, between realism and poetry reach a fantastic dimension, to depict a dehumanizing reality.

To testify of facts ; about the conflict in Syria, if you browse on the site Wikipedia you can read a long list of bloody events, of bombed cities, of fights opposing the government and  the dissidents, civil victims… Clinical report or nearly… 
Is it the point of view of the war journalists who live the event  » in the heart  » and risk their life there?
Another type of paper:  » open letter to the media… and the candidates for the Presidency  » sent on March 21st, 2012 by the Collective for Syria which evokes in detail the history of the events. A long letter as a call for intervention, an exhortation in this case of urgency!

Finally we can read on the American site « theonion.com » a letter from the Syrian President  Bashar El-Assad to the international community ; he thanks the world for having  authorized him to kill 70 000 persons since 2 years …. Incredible! Hoax ? Mockery ? Provocation ?

 

Concerning my job as a public writer, I am asked to write souvenirs from people who, personally or their parents, have lived during the war . What  drives them is the same will  » to let know  » to their close relations what they have been keeping in them for a long time. Writing can help at, probably not cure but at least soothe. By way of the WRITTEN words they may rise  from the position of anonymous victims and enter the community of all those who  » also lived that « . Duty of memory to families, essential … 

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